lundi 17 octobre 2011

"Le démon de l'hiver" par Rutebeuf


winter by ~Toadsmoothy2



Contre le temps qu'arbre défeuille,
Qu'il ne remaint en branche feuille
Qui n'aille à terre,
Par pauvreté qui moi atterre,
Qui de toutes parts me muet guerre
Contre l'hiver,
Dont moult me sont changés les vers,
Mon dit commence trop divers
De pauvre histoire.





Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire,
Et pauvre rente,
Et froid au cul quand bise vente :
Le vent me vient, le vent m'évente
Et trop souvent
Plusieurs foïes sent le vent.
Bien me l'eut griesche en couvent
Quanques me livre :
Bien me paie, bien me délivre,
Contre le sou me rend la livre
De grand pauverte.
Pauvreté est sur moi reverte
:
Toujours m'en est la porte ouverte,
Toujours y suis
Ni nulle fois ne m'en échuis.
Par pluie mouill', par chaud essuis :
Ci a riche homme !






Je ne dors que le premier somme.
De mon avoir ne sais la somme,
Qu'il n'y a point.
Dieu me fait le temps si à point
Noire mouche en été me poind,
En hiver blanche.
Issi suis comm' l'osière franche


Ou comm' les oiseaux sur la branche


En été chante,
En hiver pleure et me guermante,
Et me défeuille aussi comm' l'ente
Au premier gel.


silence by ~Toadsmoothy2

En moi n'a ni venin ni fiel :
Il ne me remaint rien sous ciel,
Tout va sa voie.
Les enviails que je savoie
M'ont avoyé quanques j'avoie
Et fourvoyé,
Et fors de voie dévoyé.
Fols enviaux ai envoyé,

Or m'en souviens.




Or vois-je bien, tout va, tout vient :
Tout venir, tout aller convient,
Fors que bienfait.
Les dés que les déciers ont fait
M'ont de ma robe tout défait ;
Les dés m'occient,
Les dés m'aguettent et épient,
Les dés m'assaillent et défient,


Ce pèse moi.


water colors by ~Toadsmoothy2

  Je n'en puis mais, si je m'émeus :
Ne vois venir avril ni mai,
Voici la glace.
Or suis entré en male trace ;
Les trahiteurs de pute extrace
M'ont mis sans robe.
Le siècles est si plein de lobe !
Qui auques a, si fait le gobe ;
Et je, que fais,
Qui de pauvreté sens le fait ?
Griesche ne me laisse en paix,
Moult me dérroie,
Moult m'assaut et moult me guerroie ;
Jamais de ce mal ne garroie
Par tel marché.



 weeds by ~Toadsmoothy2



Trop ai en mauvais lieu marché ;
Les dés m'ont pris et emparché :
Je les claims quitte !
Fol est qu'à leur conseil habite :
De sa dette pas ne s'acquitte,
Ainçois s'encombre ;
De jour en jour accroit le nombre.
En été ne quiert-il pas l'ombre
Ni froide chambre,
Que nus lui sont souvent les membres :
Du deuil son voisin ne lui membre,
Mais le sien pleure.
Griesche lui a courru seure,
Dénué l'a en petit d'heure,
Et nul ne l'aime.

Cil qui devant cousin le clame
Lui dit en riant : « Ci faut trame
Par lècherie.
Foi que tu dois sainte Marie,
Cor va ore en la Draperie
Du drap accroire ;
Si le drapier ne t'en veux croire,
Si t'en revas droit à la foire
Et va au Change.
 
Si tu jures Saint Michel l'ange
Que tu n'as sur toi lin ni lange
Où ait argent,
L'on te verra moult beau sergent,
Bien t'apercevront la gent :
Créüs seras.
Quand d'ilueques remouveras,
Argent ou faille emporteras. »
Or a sa paie.
Ainsi vers moi chacun s'apaie :
Je n'en puis mais.

***


Rutebeuf(1230-1285)
Rutebeuf vivait sous Saint-Louis et sous Philippe-le-Hardi : il est auteur d'un grand nombre de pièces, tant fabliaux que vies des saints, et autres poésies morales , parmi lesquelles il en est beaucoup où il règne une grande justesse de pensée et un heureux choix d'expressions. Le Dict d'Aristote est un ouvrage vraiment remarquable pour le temps où il a été composé.
Les conseils que le poète donne aux rois sur la manière dont ils doivent rendre la justice, sont pleins de sagesse et rendus avec quelque noblesse, qualité qu'on rencontre rarement dans les auteurs de cette époque; mais c'est dans ses fabliaux et ses fables que Rutebeuf fait paraître le plus de talent : on y trouve une heureuse simplicité, des narrés intéressants, des images vives, des pensées fines, des réflexions justes, des expressions énergiques, une agréable variété, de la conduite et de l'ornement. Rutebeuf a composé un grand nombre de pièces dans tous les genres connus; des complaintes sur la mort de plusieurs princes et seigneurs qui ont péri aux croisades; des satires et un grand nombre de pièces historiques, il fut un des poètes les plus renommés du treizième siècle ; il doit être mis au nombre des continuateurs du roman du Renard, poème burlesque, composé vers le commencement du treizième siècle par Perrot de Saint-Cloot ou de Saint -Cloud.
(Ce poème offre la description des tours joués par le renard à son oncle et son compère le loup. L'invention primitive de ce roman fut si bien accueillie, que nombre de poètes du treizième siècle s'exercèrent sur le même sujet. Les aventures qu'ils ajoutèrent pour faire suite a la première partie, formèrent les nombreuses branches de ce poème; en les réunissant, elles peuvent composer un ensemble de vingt-cinq à trente mille vers.)

 Dans les nombreuses poésies que nous avons de Rutebeuf, il en est plusieurs qui sont dialoguées, et où différents personnages prennent part à l'action ; ces pièces peuvent être considérées comme les premiers essais de l'art théâtral ; la Dispute du croisé et du décroisé, et le Mariage de Rutebeuf , sont de ce nombre.
Sous le nom de Rutebeuf, c'est un chapitre décisif de la littérature poétique du xiiie siècle qui nous a été conservé. Déchirure dans l'ordonnance rigoureuse de la poésie courtoise des trouvères : le modèle de la fin' amor, la patiente élaboration du personnage selon un rituel poétique minutieux font place à la rupture avec l'ordre, esthétique et social, au cri de colère ou de détresse, à l'éparpillement des images du monde et des visages du moi. Affleure ainsi une tradition des jongleurs jusqu'alors maintenue en marge de la littérature écrite. Cet avènement dans l'écriture est le symptôme d'une nouvelle forme de culture où se combinent souvent, parfois s'opposent dans la polémique et la propagande, sous l'influence des milieux universitaires, l'Église, la cour et la ville.
La signature du poète nous renvoie à une personne inconnue. Nous ne savons de l'auteur que ce que ses œuvres veulent bien nous dire. La critique moderne hésite donc entre une interprétation naïve de ses aveux et un scepticisme total, compte tenu des aspects conventionnels de la complainte, mode d'expression le plus constant chez Rutebeuf.


Ce poète champenois né vers 1230 et mort vers 1280 se plaisait à expliquer son nom par les définitions suivantes: "Rutebeuf, qui est dit de rude et de boeuf" ou encore "Rutebeuf, qui durement œuvre" (dont le travail est grossier). Trouvère professionnel, sa carrière s'est principalement déroulée à Paris. Il se disait incapable de faire autre chose que des rimes.

Nombreux sont les poèmes consacrés aux événements du temps: croisades, disparitions de personnages importants... Son œuvre est variée: poèmes de croisades, fabliaux, poèmes lyriques, vies de saints, miracles....

Il axera sa poésie sur la dérision et sur la théâtralisation.

Liste de ses poésies ici



Texte de la poésie en français actuel:

(Contre le temps où l'arbre perd ses feuilles, si bien qu'il ne reste pas une feuille en branche qui ne tombe à terre, par la pauvreté qui me met à terre, qui de toutes parts me fait la guerre, contre l'hiver à cause duquel mes vers ont beaucoup changé, mon poème commence, très bizarre et avec une histoire pauvre. Dieu, le roi glorieux, m'a donné peu de bon sens et une pauvre mémoire, peu de revenus et froid au cul quand la bise souffle: le vent vient contre moi, le vent m'évente et trop souvent, je sens le vent plusieurs fois. Le démon du jeu m'a bien promis tout ce qu'il me livre: Il me paie bien, il me dédouane bien, contre le sou il me rend la livre de la grande pauvreté. La pauvreté s'est abattue sur moi. Toujours sa porte m'est ouverte, toujours j'y suis, jamais je ne m'en échappe, mouillé par la pluie, séché par la chaleur, me voilà un homme riche! Je ne fais qu'un petit somme. Je ne connais pas le total de mes avoirs, car il n'y en a pas. Dieu me fait le temps si à point qu'en été la mouche noire me pique, en hiver la mouche blanche. Je suis aussi libre que l'osier ou que les oiseaux sur la branche: En été je chante, en hiver je pleure et me lamente et perds mes feuilles tout comme la greffe au premier gel. Il n'y a en moi ni venin ni fiel, il ne me reste rien sous le ciel, tout s'en va. Les plaisirs que j'ai connus m'ont mangé tout ce que j'avais, m'ont fourvoyé et dévoyé hors du bon chemin, dans des plaisirs fous je me suis laissé engager, maintenant je m'en souviens. Maintenant je vois bien que tout va, que tout vient; qu'il faut tout laisser venir, tout laisser aller, sauf les bienfaits. Les dés que les fabricants de dés ont faits m'ont pris ma robe; les dés me tuent, les dés me guettent et m'épient. Les dés m'assaillent et me défient, cela pèse sur moi. Je n'en peux plus, je m'énerve: je ne vois venir ni avril, ni mai, voici la glace. Je suis entré dans une mauvaise voie, les traîtres de mauvaise extraction m'ont laissé sans vêtement. Le siècle est si plein de tromperie! Si quelqu'un possède un peu, il se fait goinfre. Et moi, qu'est-ce que je fais, moi qui sens la réalité de la pauvreté? Le démon du jeu ne me laisse pas en paix, il me dérange beaucoup, il m'assaille sans cesse et me fait la guerre sans arrêt, jamais je ne pourrai guérir de ce mal, par un quelconque arrangement. J'ai trop marché en de mauvais lieux, les dés m'ont pris et emprisonné: je leur demande d'être quitte. Fou est celui qui prend conseil d'eux, qui ne s'acquitte pas de ses dettes, mais s'en encombre et, de jour en jour, en accroît le nombre. En été, il ne cherche pas l'ombre, ni la chambre fraîche, car ses membres sont souvent nus, il ne se soucie pas du deuil de son voisin, mais il pleure le sien propre. Le démon du jeu s'est abattu sur lui, l'a dénué en peu de temps, et personne ne l'aime. Celui qui auparavant l'appelait Cousin lui, dit en riant : « Ici il manque une trame par perfidie. Par la foi que tu dois à sainte Marie, va aussitôt à la draperie avoir du drap à crédit. Si le drapier ne veut te donner du crédit, va-t'en droit à la foire et au Change. Si tu jures à saint Michel l'Ange que tu n'as sur toi ni lin ni lange, où qu'il y ait de l'argent, on te verra en très beau sergent, les gens te trouveront bien, tu auras du crédit. Quand tu partiras d'ici, tu emporteras soit de l'argent soit la faillite.« Il a sa paie. Ainsi chacun se satisfait à mon compte: Je n'en peux plus)

*******







Que sont mes amis devenus... Rutebeuf 1230? - 1285?

Les mots ne savent seuls venir;
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Je crois qu'ils sont trop clairsemés
Ils ne furent pas bien semés
Ils m'ont failli.
De tels amis m'ont bien trahi
Lorsque Dieu m'a assailli
De tous côtés.
N'en vit un seul en mon logis
Le vent je crois, me les a pris,
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte
Les emporta.

Autoportraits... Frida Kahlo

Frida Kahlo (1907-1954) est une artiste mexicaine très célèbre pour ses autoportraits ainsi que sa relation avec l'artiste dramatique Diego Rivera.


Fichier:Block Kahlo Rivera 1932 cropped.jpg

Ses autoportraits sont devenus une partie dominante de sa vie après son accident.
Frida Kahlo disait: «Je me peins parce que je suis si souvent seule et parce que je suis le sujet que je connais le mieux."

S'appuyant sur des expériences personnelles, y compris son mariage, son fausses couches, et ses nombreuses opérations, les travaux de Frida Kahlo sont souvent caractérisés par leurs représentations  de la douleur.
De ses 143 peintures, 55 sont des auto-portraits qui intègrent souvent des représentations symboliques des blessures physiques et psychologiques.

Mariage Cendrillon

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Autoportrait habillée en tehuana

Les Frida Deux, 1939

Self-Portrait

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Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis, 1932

Frida Kahlo - la Colonne Brisée, 1944,



Autoportrait avec petit singe, 1945.(Photo : Patrice Gouy/ RFI)
Autoportrait avec petit singe, 1945.

Magdalena Carmen Frieda Kahlo Calderón naît le 6 juillet 1907 de Mathilde Calderón, qui est d'origine indienne, et de Wilhelm Kahlo, « Don Guillermo » en espagnol, un photographe d'origine allemande. Ils vivent dans le quartier populaire de Coyoacán au sud de Mexico. Son père est un immigrant européen. C'est une métisse. Il faut connaître sa vie pour comprendre son œuvre. Elle entre à l'Ecole Nationale Préparatoire en 1922, elle est jeune, belle, et se sait plein de talent. Comme beaucoup d'autres étudiants de sa génération, elle s'intéresse aussi à la politique. Ce qui pose problème chez les intellectuels de cette époque, c'est de savoir comment réveiller la « mexicanité », cette identité nationale dont le gouvernement issu de la Révolution de 1917 a besoin pour assurer la cohésion de son peuple. La liberté étant acquise, on peut enfin s'en servir...


Frida Kahlo à 18 ans...
Frida Kahlo à 18 ans...

Elle a 18 ans. Le drame se produit le 17 septembre 1925 : le « Bus » qui la ramène de son école sort de la route. L'accident est terrible et elle est profondément blessée au ventre, au pied droit... C'est son dos qui est le plus touché. Sa force mentale lui permettra de surmonter la mort. Elle doit rester aliter pendant plusieurs mois et il y aura des séquelles. Les douleurs dans sa colonne vertébrale ne la quitteront plus. Les médecins lui disent aussi qu'elle ne pourra pas avoir d'enfant. La vie l'avait déjà accablée : dans son enfance elle fut atteinte de la polio, maladie qui infecte la colonne vertébrale, et cette maladie lui laissera la jambe droite déformée (elle en gardera le surnom de « Frida l'estropiée »).

Photographie de Frida Kahlo...
« Le ruban rouge »
Elle dont la beauté ne demandait qu'à s'épanouir devra lutter jusqu'à la fin contre elle-même. Comme dans son enfance, c'est surtout son père qui pris soin d'elle. Elle le décrit comme « intelligent, poli et d'un caractère généreux ». Elle demeurera toujours près de lui. Les sentiments pour sa mère resteront ambivalents : à la fois charmante et cruelle... Mais cette période de convalescence lui permet de se mettre sérieusement à la peinture. En toute liberté. Selon ses propres mots, elle tentera de peindre les choses telles qu'elle peut les voir (« ...pintando las cosas tal y como yo las veia... »). C'est son père Don Guillermo qui l'aura initié à la peinture. Lui-même peint et photographie, en particulier des vues de son quartier de Coyoacán. Elle s'initie au portrait, à la nature morte, mais c'est sur elle-même qu'elle va focaliser son travail en réalisant un grand nombre d'autoportraits, souvent accompagnée de ses animaux favoris (un ou des perroquets, ou des petits singes dont le sien, Caimito de Guayabal), mais souvent aussi caricaturant ses traits (« Autoportraits ») ou réglant ses compte à distance avec Diego ( « Les Cheveux coupés » (1940), « Les Deux Frida »). Ce travail sera pour elle un moyen essentiel de supporter sa vie.

"Between the Curtains" par Frida Kahlo (1937)
« Sous les Rideaux », 1937
Son réalisme n'est pas seulement artistique : en 1928, elle s'inscrit au Parti Communiste Mexicain. La vie politique mexicaine est encore trouble et instable. Elle défend aussi l'émancipation des femmes mexicaines : « cette masse silencieuse et soumise » et dont le place reste encore marginale dans cette société qui demeure très machiste. Pire, elle affiche ouvertement sa liberté de femme moderne et même sa bisexualité. Pendant un débat politique (ou pendant une fête chez Tina Modotti, selon un autre version), elle rencontre Diego Rivera : c'est le coup de foudre. Diego Rivera, qui a vingt ans de plus qu'elle, est déjà un artiste reconnu, il a travaillé pour le gouvernement et sa peinture sert son dessein. Malgré ses souffrances, Frida Kahlo réalise qu'elle est capable de passion. Le 21 août de l'année suivante, ils se marient à Mexico. Il s'installe ensemble à Mexico où Diego se fait construire, en 1931, un atelier par son ami architecte Juan O'Gorman (Cette demeure est devenu le Musée Estudio Diego Rivera). Mais il finissent par s'installer à Coyocán, le quartier des intellectuels et des artistes de la capitale. « La maison bleue », où Frida Kahlo vécue de 1929 jusqu'à la fin de sa vie, existe toujours (c'est devenu un musée que l'on peut visiter ; l'endroit est tel que Frida l'avait aménagé, avec de nombreuses peintures, photos, lettres,... ).

Photo de Mariage de Frida Kahlo et de Diego Rivera...
Photo de mariage...
Mais, un an plus tard, elle subit sont premier avortement. Elle n'aura jamais d'enfant. En 1932, et devenu célèbre au Etats-Unis, le couple se rend à Detroit où Diego Rivera doit réaliser des fresques pour de nouveaux bâtiments fédéraux. Elle subit un second avortement à l'hôpital Henry Ford. Elle réalisera une peinture de ce pénible épisode (« Le Lit Volant », « La Cama Volando », 1932, et aussi « Ce que j'ai vu... » en 1938...). En 1934, Frida découvre que Diego la trompe avec sa propre sœur... Elle peint un an plus tard « Quelques Piqûres » (« Unos Cuantos Piquetitos »), réponse caustique à cette sordide histoire. En 1937, elle peint un autoportrait « Sous les rideaux » où elle tient une lettre : elle y a écrit une dédicace destinée à Léon Trotski, le célèbre révolutionnaire russe qui s'est vu accordé, grâce à Diego Rivera, l'asile politique à Mexico et qui est hébergé chez Frida à Coyoacán. Ils ont eu une brève liaison que l'on dit passionnée. Elle lui présentera le tableau, où elle se présente sous son meilleur jour, le 7 novembre 1937, date anniversaire de Trotski, et de celui de la Révolution russe... « Pour Léon Trotski, je dédicace cette peinture avec tout mon amour... ». Trotski sera assassiné deux ans plus tard ( en août 40, à coup de pique à glace...). Pour l'histoire, Siqueiros, autre peintre célèbre, tentera de lui-même de l'assassiner...

Photo de Frida Kahlo et Leon Trotski en 1940...
Frida et Trotski - Mexico, 1940
"Between the Curtains" par Frida Kahlo...
« Autoportrait » (1947)
En 1938, Frida Kahlo réalise sa première exposition officielle à New York, à la « Julien Levy Gallery ». Elle peut enfin montrer au monde son talent et son style si particulier. Surtout, elle réussit enfin à exorciser sa souffrance, qui apparaît comme l'un des thème principaux de ses œuvres. Elle peut aussi exprimer son attachement à sa terre, à ses traditions et se montre capable de vivre sa « mexicanité » : incarnant aussi bien la « culture indigène » en portant des costumes traditionnels, que de représenter les « femmes modernes », libres et indépendantes dans leur vie et dans leurs choix. Des peintures comme « La Colonne Brisée » (« La Columna Rota », 1944) et « Le Cerf Blessé » (« El Venado Herido », 1946) où elle s'exprime crûment, et sans volonté de « faire du beau » : ce sera là la marque de son succès. Elle peint même pour ces chirurgiens qui tente de lui redonner une existence normale ( « Pour le Dr. Eloesser », 1940). II faut dire que bien peu d'artistes osent ce qu'elle ose... Elle peint aussi l'espoir dans tableaux plus oniriques et torturés où elle glorifie les secrets de la vie ( « Le Défunt Dimas », « La Fleur de la Vie », « L'Etreinte de l'Univers »). Au même moment, André Breton qui l'a connaît bien pourra écrire : « Son art est un ruban autour d'une bombe ».

« L'Amour Etreinte de l'Univers, la Terre, Me, Diego et le Señor Xólotl » (1949)
« L'Amour Etreinte de l'Univers, la Terre, Me, Diego et le Señor Xólotl » (1949)
« La relation duelle entre l'homme et la femme trouvent leur correspondance dans la relation amoureuse entre le soleil et luna.
Cela est illustré par l'étreinte amoureuse de l'univers, par le chien Itzcuintli, représentant le seigneur Xólotl, accroupi au pied du couple.
Cette étreinte n'est pas seulement un refuge pour le petit animal du peintre. Il représente, dans le même temps,
une figure important de l'ancienne mythologie, le chien mexicain nommé Xolotl qui sauve le monde des morts....
On retrouve ici le double principe de la mythologie préhispanique :
la vie et la mort participent ensemble à l'harmonie du monde et à celle de l'artiste. »

Andrea Kettenmann

Photo de Diego et Frida...
Diego et Frida...
La vie du couple est de plus en plus mouvementée et en 1939, c'est le divorce. Pourtant, leur amour est plus fort que tout : ils se remarieront le 8 décembre 1940. Le temps passant, sa santé se dégrade. Son dos la fait souffrir atrocement et la médecine opératoire semble avoir fait des progrès importants. En 1950, elle subit sept opérations chirurgicales consécutives ! Cette fois, la convalescence dure neuf mois mais elle manque de devenir folle. Elle retourne chez elle en chaise roulante. Malgré sa lente déchéance, elle continue de peindre et de militer mais épuisée elle s'éteint le 13 juillet 1954 dans sa maison de Coyoacán. Pour tous, elle restera « l'incarnation de toute la magnificence nationale ».

Autoportrait de Frida Kahlo...
Vie de souffrance qui saute aux yeux lorsque l'on regarde ses peintures. Elle aura ainsi réalisé plus de 70 autoportraits (seul Rembrandt aura été plus prolifique), traités de toutes les manières possibles. Elle aura été en quelque sorte le propre sujet de son œuvre. Un drôle de visage, méditerranéen, les cheveux noirs et les yeux noirs, « comme magnétiques ». Et ces fameux sourcils « en forme d'aile d'oiseaux » qu'elle ne manque pas de souligner dans presque tous ses autoportraits. Se savait-elle belle au point de vouloir amoindrir sa beauté, se sachant condamnée à ne jamais en profiter pleinement ? Mais, plus que cela, c'est son besoin d'enracinement, d'appartenance, que l'on perçoit, surtout lorsqu'elle se trouve à l'étranger, et qui se dégage de son travail lorsqu'on le met en perspective. Loin de la folie, elle tente de triompher de ses propres contradictions. Derrière cet amour pour son pays et de ses origines, c'est la question de son identité, et de l'identité de tout mexicain à laquelle elle tente de répondre dans ses œuvres, comme dans « Les Deux Frida », peinture surprenante qu'elle destinait à Diego et dont le message est clair : elle montre là son impossibilité de choisir entre Frida« la moderne », et habillée comme telle, et Frida la « traditionnelle »... celle que préférait Diego.

Photo de Frida...
« Elle est la première femme dans l'histoire de l'art
à avoir repris avec une sincérité absolue et impitoyable, et on pourrait dire avec une impassible cruauté,
les thèmes généraux et particuliers qui concernent exclusivement les femmes. »

Diego Rivera, 1937

Surprenante Frida Kahlo. On ressent souvent un malaise en regardant ses peintures étranges, souvent maladroites, mais c'est alors qu'il faut tenter de la comprendre. Sa vie, malgré sa perpétuelle souffrance physique, n'en était pas moins gaie et active. Et même, on lui reconnaissait un tempérament plutôt optimiste. Et un fort caractère qui contrastait avec son apparente gentillesse. Il faut dire qu'avec Diego Rivera, il fallait en avoir. Un modèle pour beaucoup de femmes. Certains la considère même comme une sainte. Il ne faut pas voir dans ses portraits où elle s'enlaidit outrageusement une forme de surréalisme, mais bien plutôt une marque de franchise et même de naïveté. On lui voue un véritable culte, et il n'est pas vraiment facile de juger objectivement de sa peinture. Peut-être est-ce parce qu'elle perpétue à sa manière un art typiquement mexicain. Un art puissant, partant de la vie, cherchant ses secrets, marqué par la couleur et la naïveté, mais dont le fond reste sombre, marqué par la mort et la souffrance. On peut penser qu'elle est « surréaliste ». Mais il faut plutôt voir en elle une artiste d'avant-garde, qui n'a pas eu besoin de se servir des modèles européens même s'ils ont pu lui montrer la voie pour dépasser l'art traditionnel et académique. C'est ce mélange, cette synthèse entre thèmes universels et vie personnelle, particulièrement net chez Frida Kahlo, et que l'on retrouve souvent dans l'art mexicain, aussi bien chez les précolombiens que chez les créateurs actuels. Il est inutile d'ajouter qu'elle demeure un modèle flamboyant pour toutes les féministes mais aussi tout simplement pour toutes les femmes mexicaines et du monde en général.

Diego Rivera et Frida Kahlo
(copyright "diegorivera.com")

A savoir !

La banque fédérale du Mexique sort, fin d'année 2010,
un nouveau billet de 500 pesos en hommage à Frida Kahlo !!
Le nouveau billet de 500 pesos mexicain
Au revers, « Autoportrait » (Détail - 1940) et « L'Etreinte amoureuse de l'univers, la terre, moi, Diego et Monsieur Xolotl » (Détail - 1949)
« C'était les choses simples de la vie - animaux, enfants, fleurs, paysages - qui intéressaient le plus Frida »
Emmy Lou Packard, l'assistante de Diego Rivera

Robert Coburn et Gilda

photo of Clark Gable and Joan Crawford
Rita Hayworth for Gilda
by Robert Coburn, 1946

Le photographe emblématique d'Hollywood Robert Coburn

Coburn est né en juin 1900. Pendant trois décennies, il a été l'un des plus importants photographes portraitistes à Hollywood, des années 1930 aux années 60.
 
Il était bien connu pour avoir photographié Joan Crawford, Carole Lombard, Hedy Lamarr, Henry Fonda, Joel McCrea, Lucille Ball, Marlon Brando, Montgomery Clift, Janet Leigh, Orson Welles, Ginger Rogers, Fred Astaire, Cary Grant, Katharine Hepburn, et Kim Novak.
 
Rita Hayworth a dit qu'il était son propre photographe préféré et il a pris quelques-unes de ses meilleures photos connues y compris celles pour son film le plus mémorable, "Gilda".
 
Débutant en 1940, il a commencé à travailler pour Columbia pendant 20 ans.
 
Il est décédé le 3 Juillet 1990, à Canoga Park, en Californie.
Il est enterré à Los Angeles au Forest Lawn Memorial Park Cemetery.  
 
Voici quelques exemples de son travail:
 

Tippi Hedren and Alfred Hitchcock share a laugh on the set of "The Birds."

The great Carole Lombard.
A unique Halloween one of Dusty Anderson and the back of the photo below:

Hedy Lamarr in one of her most famous settings.

Loretta Young showing off fine fashion.
Cary Grant, need we say more?

From "Cover Girl."

Rita Hayworth as the title character in "Gilda."


Orson Welles with Hayworth in "The Lady From Shanghai."

Photographer Coburn and subject Hayworth.


Coburn with Joan Crawford and her dog.
With Susan Peters.

Some of his later work in the late 50s of Kim Novak below:

From the film "Bell, Book and Candle."

"That Hamilton Woman" gave Coburn a chance to recreate a painting of the real Emma Hamilton by George Romney below:


Below are some examples of the front and back of photos that include various ink stamps used for Coburn:
Frances Farmer

Gia Scala
Starlet Jean Carmen.

And one more of Rita...