dimanche 2 octobre 2011

Paroles....de Lituanie





« Youza partit bien avant l’aube. Rien à faire, jusqu’à Vidouguiré, il fallait tout de même compter une dizaine de kilomètres, et passé Vidouguiré, encore bien dans les cinq à travers la forêt pour arriver à la coupe. Le temps d’y être rendu, de charger, de s’en retourner et ça y était, la nuit était là. Faut faire chaque chose en son temps. En son temps. Au lever du soleil, Youza était déjà dans la forêt endormie. Tout en avançant, il regardait autour de lui : noyés dans la neige, pins, bouleaux, sapins, saules cendrés, hautes cépées de saules blancs, coupes déboisées l’année précédente et encore nues, pralets le long de la sommière, longues bouchures dissimulant sous la glace le gazouillis d’un ru –enfouis sous la neige. La neige et encore la neige.



Youza secoua les rênes, fit claquer son fouet et fouilla de nouveau du regard arbres et buissons. L’aube s’éteignait. Le pourpre de l’orient se fanait. Aucun bruit alentour. La paix. Et Youza songeait : comme il l’avait parcourue, cette forêt, dans tous les sens, lorsqu’il était encore gamin. Pas seul, bien sûr. Avec le grand-père Yokoubas. « La ville, l’homme n’est pas obligé de la connaître. Mais la forêt, il doit la connaître. » avait déclaré le grand-père. Et prenant le jeune Youza par le bras, il l’avait fait passer partout, même à travers les hautes frondes touffues des fougères de Vidouguiré, il lui avait même montré le Kaïrabalé. Et lui avait raconté qu’autrefois, il y a bien longtemps, lorsque lui, Yokoubas, était encore jeune, on pouvait voir des élans débouler à travers la forêt de Vidouguiré et sur le Kaïrabalé, des sangliers gros comme des étalons fouir leurs bauges sur les bords du marais, le miroir blanc des chevreuils fuser en éclair à travers les branchages, tandis que des nuées d’oiseaux d’eau et d’oiseaux des forêts, battant des ailes, criant, chantant à tue-tête, faisaient un vacarme de tous les diables et que le lynx se glissait furtivement entre les troncs.


Aujourd’hui, Vidouguiré se taisait. D’élans, plus question, les sangliers, un ou deux à tout casser, on entendait encore des oiseaux chanter, mais est ce que ça pouvait se comparer à autrefois ? Le grand-père Yokoubas lui avait parlé de tout. Et lui avait tout montré. Youza aurait pu marcher les yeux fermés d’une lisière de la forêt à l’autre. En long, en large, en diagonale –à vous de décider. Et quand revenait le printemps, Youza était heureux, en entrant dans la forêt, de voir se gonfler les bourgeons dans les arbres et les buissons, le merisier à grappes suffoquer sous le poids de ses fleurs, la filipendule balancer sa mantille jaune. Et chaque automne, il se réjouissait de ce que la forêt flamboie du rubis de l’obier s’illumine du vieil or rouge des planes, de voir le sorbier incliner le cuivre de ses corymbes et de sentir monter du sol un parfum de marasmes et de lactaires. Lui, Youza, n’avait pas oublié les leçons du grand-père Yokoubas : « Quand tu vas dans la forêt, n’y va pas en promeneur, mais pense que tu vas dans ta famille. Pas seulement pour rapporter du bois ou des champignons, mais pour regarder comment poussent les arbrisseaux, comment le sol se tapisse de mousse. » Tout cela, il le devait au grand-père Yokoubas –que la paix éternelle soit avec lui.


Voilà à quoi songeait Youza lorsqu’il partait en forêt que ce soit l’hiver ou l’été. Aujourd’hui ainsi que chaque autre fois. Et il voyait le grand-père Yokoubas debout, là, devant lui –vivant.
Sur son traîneau, Youza eut un sursaut, comme tiré du sommeil : autour de lui, tout était uniformément blanc. Les branches alourdies ployaient, et sous elles, dans la neige, couraient des traces d’oiseaux et autres bestioles. Youza eut un sourire dans sa moustache, donna un petit coup sec sur la rêne droite. Le cheval comprit, quitta la sommière et s’enfonça dans le hallier, bien qu’il n’y eût là ni ornière ni trace de pas. Mais c’était bien son layon. Et c’était sa coupe avec ses cordes de billes, blotties hérissées sous la neige. Youza rassembla les rênes, s’apprêta à descendre… et se figea, avant même d’avoir balancé ses jambes hors du traîneau : le couloir du layon s’ouvrait entre deux haies d’osier en fleur ! Des fleurs telles que l’osier fléchissait sous leur poids. Et toutes n’étaient qu’écarlate et que pourpre.
Youza regardait de tous ses yeux. Les lourdes et volumineuses grappes de fleurs que le gel n’avait pas encore touchées flamboyaient d’une rutilance de flamme vive, elles ployaient jusqu’au sol tant que, parfois, un chaton venait effleurer la neige et, s’embrasant, ne la léchait pas de carmin clair, mais brûlait d’une lave pareille à celle, épaisse et sombre, et vivante, du sang.
Sans mot dire, Youza ôta sa chapka, resta longtemps immobile, tête nue, comme s’il n’avait pas été dans une forêt, mais à l’église. Un frisson le traversa.
Les paroles du grand-père Yokoubas lui revinrent en mémoire : « Il appelle le sang . »
Voilà bien longtemps que Yokoubas avait dit cela. Bien des années. A l’époque, Youza, encore tout petit, blotti contre la jambe du grand-père et cramponnant sa main de toutes ses forces, regardait les yeux écarquillés cette chose fabuleuse : un osier pourpre en fleur. En fleur au cœur de l’hiver. En fleur comme aujourd’hui.
Pas tout à fait comme aujourd’hui. Cette autre fois, l’osier pourpre avait fait éclater ses boutons en une cascade de fines gouttelettes, il s’était paré d’une myriade de perles pourpres, petites comme des grains de chapelet, et c’était tout. Pourtant, même cette fois-là, le grand-père Yokoubas avait dit : « Il appelle le sang, souvenez-vous de ce que je vous dis, les enfants. »
Et le vieux ne s’était pas trompé. Dès l’été suivant, le premier été après l’hiver de l’osier ensanglanté, la guerre s’était abattue sur les gens. Abattue bien loin de là. Loin là-bas où les Japonais voulaient s’emparer des terres du tsar. Bien loin. Mais on mobilisait tout de même les hommes de par ici. De partout. Et le plus costaud, les plus travailleurs, en pleine santé, dans la fleur de l’âge. La guerre faisait la fine bouche. Elle ne prenait pas les premiers venus, elle sélectionnait, triait sur le volait. Et de ceux qu’elle élut, elle n’en laissa pas revenir beaucoup. Très peu même ? Et ceux qu’elle laissa revenir, ce fut avec un bras en moins, ou une jambe, ou crachant leurs poumons en étouffant, ou le ventre tordu par le typhus. Ceux-là, c’est une fois rentrés à la maison qu’ils se couchaient dans leur cercueil, les mains jointes comme il faut sur leur poitrine. Et les gens les pleuraient dans les hameaux et les métairies solitaires. Quel déluge de sang les fleurs de l’osier n’avaient elles pas fait couler cette fois-là.

Et pourtant, cette fois-là, l’osier n ‘avait fleuri qu’en minuscules perles rouges.
« Combien de sang les fleurs d’aujourd’hui ne vont-elles pas faire couler ? » se dit Youza, serrant dans son poing sa chapka.
A partir de ce jour, Youza se leva chaque matin longtemps avant l’aube… »



La saga de Youza


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Youozas Baltouchis : moments de littérature européenne à Strasbourg

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, la "Saison culturelle européenne" a pour but de mettre en évidence la vitalité créatrice des cultures européennes. À cette occasion, des librairies de Strasbourg organisent des séances de dédicaces, des rencontres ou proposent une sélection littéraire européenne. La médiathèque André Malraux, quant à elle, présente, du 5 au 13 décembre, "27 moments de littérature : 27 écrivains et 27 œuvres" sélectionnés pour un parcours littéraire à travers les horizons géographiques multiples d’une Europe riche de créations. La Lituanie y est représentée par Youozas Baltouchis (Juozas Baltušis, 1909-1991), dont la traduction française de son roman La Saga de Youza, a été publiée pour la première fois en France en 1990 (Alinéa, puis Pocket, 2001). Durant sa jeunesse, Baltouchis fut berger, puis ouvrier. Pendant la guerre, il participa à des émissions de radio à partir de Moscou. Ecrivain reconnu à l’époque soviétique, il consacra ses premiers récits aux luttes ouvrières, dans des nouvelles, des pièces, des essais, où il ressuscitait aussi le monde paysan et ses conflits. La Saga de Youza (Sakmė apie Juzą), écrite en 1979, est autant le roman de la Lituanie que celui de ce paysan qui choisit de fuir le monde par chagrin d’amour. Taciturne, violent, généreux, sévère, Youza est le portrait d’un solitaire vivant dans une nature qui l’est autant que lui, dans cette Lituanie tour à tour déchirée, conquise, perdue, sans cesse bouleversée par l’Histoire. Car l’Histoire ne va pas cesser de frapper à la fenêtre de Youza qui se croyait à l’écart du monde des hommes. Ce sont d’abord les Allemands du Kaiser, puis les Russes du Tsar, les bolcheviks, les koulaks déportés par les Soviétiques, les collaborateurs des nazis, les nationalistes lituaniens, les partisans, tous habités d’une folie meurtrière. Youza sème des graines de vie sur ses terres inhospitalières et infertiles. Il plante des cerisiers en fleurs sur des tombes anonymes, allemandes et russes, oubliées des hommes et des dieux. Au rythme des saisons, ce paysan rustre, témoin central des secousses géopolitiques de la Lituanie, demeure un homme de silence que le bruit des mots dérange. Pour des "moments de lecture sur les murs", des extraits grand format du roman de Baltouchis sont affichés au 2e étage de la médiathèque.
http://www.mediatheques-cus.fr/
http://www.cahiers-lituaniens.org/ecrivains.pdf

Madeleine Jeanne Lemaire, l'impératrice des roses

Madeleine Jeanne Lemaire, née Coll, est un peintre et aquarelliste français de genre académique née en 1845 et morte en 1928.

Madeleine Lemaire est l'élève de Madame Herbelin et de Charles Chaplin. Elle se spécialise dans les scènes de genre (parfois dans le goût du XVIIIe siècle) et mondaines et surtout dans les natures mortes et les fleurs. Elle fait son entrée au salon de Paris en 1864, où elle expose tout au long de sa vie, y recevant des prix en 1877 et en 1900. Elle expose également à la société des aquarellistes à partir de 1879. Madeleine Lemaire illustre aussi des livres, comme Les Plaisirs et les jours de Marcel Proust, ou L'Abbé Constantin de Ludovic Halévy, ou encore les poèmes de Robert de Montesquiou.
Chaque mardi, d’avril à juin, Madeleine Lemaire reçoit le Tout-Paris dans son hôtel particulier du n° 31, rue de Monceau, dans ce qu'André Germain appelle « de chaudes tueries. » Son jardin est planté de lilas. Elle reçoit aussi bien l’aristocratie du faubourg Saint-Germain (les La Rochefoucauld, Luynes, Uzès, Haussonville, Chevigné, Greffulhe) que de jeunes artistes et des célébrités de la scène ou de la politique. Comme Mme Verdurin, dont elle est l'un des modèles, elle a des arrêts définitifs du genre : « Je ne veux pas de ça chez moi ! » (Ghislain de Diesbach)

Son atelier transformé en salon accueille des personnalités aussi diverses que Marcel Proust, Reynaldo Hahn, Victorien Sardou, Guy de Maupassant, Paul Bourget, Robert de Montesquiou, Réjane[1], Jean-Louis Forain, Antonio de La Gandara, Mounet-Sully, Emma Calvé, Camille Saint-Saëns, Marie Diemer, Jules Massenet, Tony, dit Marshall Le Grand, Sarah Bernhardt, Henri Rochefort, Constant Coquelin, Robert de Flers, Gaston Arman de Caillavet, François Coppée, la duchesse d’Uzès, le chanteur Félix Mayol, l’homme politique Raymond Poincaré, la cantatrice Marie Van Zandt, Paul Deschanel, Émile Loubet, et le comédien Lucien Guitry. André Germain, qui fut son invité, l'appelle « la massacreuse de roses » et la trouvait « laide, disgracieuse et autoritaire. » Il décrit ses réceptions de ces mots: « On étouffait chez elle, dans des soirées pénibles, avec de longs intermèdes musicaux[2]. »
L’été, Madeleine Lemaire déplace ses invités et les installe dans son château de Réveillon, dans la Marne, ou dans sa villa dieppoise au 32, rue Aguado, où elle invite notamment Proust et Reynaldo Hahn.
Elle est en 1900 le professeur de l’aquarelliste Blanche Odin.
Peintre – fort oubliée – spécialisée dans les fleurs, Alexandre Dumas fils, dont elle a été la maîtresse, a dit d’elle : « C'est elle qui a créé le plus de roses après Dieu ». On la surnommait après Robert de Montesquiou « l’impératrice des roses. » Elle a reçu la légion d'Honneur en 1906. Une trentaine de ses œuvres - pastels, huiles et aquarelles - ont été présentées en avril-juin 2010 au Musée Marmottan-Monet, à Paris, dans le cadre d’une exposition consacrée aux femmes peintres au temps de Marcel Proust. Les musées de Dieppe, de Mulhouse et de Toulouse possèdent quelques unes de ses œuvres, et le musée du Louvre possède une aquarelle (Valet de chambre portant une lettre) et un bouquet de l'ancienne collection Le Masle.













 
















Carl Warner....Quand les villes sont...alimentaires....

35 images de villes constituées de produits alimentaires... J'avoue que le résultat me plait assez...

Carl Warner est un photographe né en Angleterre, qui a ensuite déménagé à Kent, à l'âge de sept où, comme un enfant unique, il a passé des heures dans son salon à la création de mondes issus de son imagination après avoir été inspiré par des artistes comme Salvador Dali, Patrick Woodroffe et enregistré des artistes tels que  Roger Dean et le travail de Hipgnosis.

Aujourd'hui voici une de ses œuvres récentes où il a affiché la nourriture comme objets de la vie réelle. 


































































Carl Warner