lundi 22 août 2011

Close up sur....Claude Monet, Mont Kolsaas, 1895




Claude Monet, Mont Kolsaas, 1895

Huile sur toile (64,8 x 92 cm)
     
Mars 1895.
Attiré par ce qu'il imaginait des paysages scandinaves, et familier de l'univers du dramaturge Ibsen, Monet rend visite, en février 1895, à son beau-fils Jacques Hoschédé, établi en Norvège.

Après un passage par le Danemark et la Suède, il arrive à Christiana (Oslo), où il est surpris et flatté de sa notoriété. Il veut alors peindre l'hiver et cherche longuement un motif original. Convié chez l'épouse de l'écrivain Björnson, il séjourne à Björnegaard. À de nombreuses reprises, Monet raconte dans sa correspondance l'émerveillement qu'il éprouve devant la beauté des paysages, en regrettant les obstacles qu'il rencontre pour travailler : " J'aurais tant de choses différentes à faire et c'est là que j'enrage le plus, car il est impossible de voir de plus beaux effets qu'ici. Je parle des effets de neige qui sont absolument stupéfiants, mais d'une difficulté inouïe, et puis ce que le temps est changeant, ce n'est rien à côté de chez nous et surtout à cause de cette immensité blanche… ".

Claude Monet n'hésite pas à braver les frimas norvégiens pour poursuivre son inlassable quête de l'instantanéité. La recherche de nouveaux motifs mène les deux hommes près de Sandviken, où ils découvrent une vue imprenable sur l'imposant Mont Kolsaas.

Séduit par les subtiles variations de lumière et les « effets de neige qui sont absolument stupéfiants »1, Monet plante son chevalet dans le domaine de Bjirnegaard : le peintre impressionniste a trouvé sa montagne Sainte-Victoire.

Comme Cézanne en effet, Monet tente à sa manière, à travers une série de treize toiles, « de posséder cette montagne »2 qui lui offre un motif inédit « mais d'une difficulté inouïe », tant « le temps est changeant » et l' « immensité blanche »3 lui aveugle les yeux. Embrassant chaque jour le mont Kolsaas d'un même point de vue, le peintre en traque les effets majestueux et les « ondulations » : en résultent de saisissants tableaux où d'un premier plan enneigé se détachent « Tout d'abord, des forêts d'un vert profond et bleues, puis des andains blancs, suivis par une crête bleue et grise qui se fraye un chemin pour créer la silhouette animée du sommet… »4 Ainsi Monet transforme-t-il « en un objet d'art »5 ce lieu où il ressent la nature triomphante dans sa monumentalité comme dans ses moindres nuances, et qui n'est pas sans lui évoquer le mont Fuji, tel qu'il hante nombre d'estampes japonaises de sa collection.
Notre tableau offre un témoignage singulier de cette vision où fusionnent les diverses impressions du peintre, tirées d'un voyage imaginaire au Japon aussi bien que de sa confrontation au plein air norvégien. Dans cet « assemblage de la nature et d'artifices », on retrouve les « formes audacieuses et simples, la manière dont les montagnes s'élèvent de gauche à droite »6 des estampes d'Hokusai ; on découvre surtout une synthèse prodigieuse des éléments marins et montagneux de La Grande Vague de Kanagawa (1831) : surgissant du manteau neigeux et imposant à l'œil ses ramages abyssaux, le Mont Kolsaas y a la puissance de la vague et la majesté silencieuse du Fuji, enlacé par un ciel crémeux qui renferme tous les secrets de l'hiver.
Claude Monet (1840-1926) est l'un des fondateurs de l'impressionnisme français, et son peintre le plus prolifique et le plus constant. Ses recherches autour de l'expression de la perception du mouvement à travers ses manifestations naturelles ont trouvé dans la peinture de plein air un support privilégié. Jusqu'au 24 janvier 2011, les Galeries nationales du Grand Palais mettent son œuvre à l'honneur à travers une vaste rétrospective retraçant le parcours du peintre.
« On dirait le Japon, ce qui est du reste bien fréquent en ce pays. J'ai en train une vue de Sandviken qui ressemble à un village japonais, puis je fais aussi une montagne que l'on voit de partout ici et qui me fait songer au Fuji-Yama. » (Claude Monet)
Monet « voulait créer un art différent, un art qui ferait croire au spectateur que le peintre était là, sur place, transcrivant ses sensations profondes face à une nature généreuse, un art qui, en fin de compte, palpitait et respirait. » (P. H. Tucker)
« Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c'est ce qu'il y a entre le motif et moi ». (Claude Monet)

Les peintures norvégiennes de Monet
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Sources :
1 Lettre à sa belle-fille Blanche Hoschedé, 1er Mars 1895 (Publié dans D. Wildenstein, 1979, p. 282, doc. 1272).
2 P.H. Tucker, Monet in the 90s: The Series Paintings, New Haven and London, 1989, p.169-174.
3 Lettre à Blanche Hoschedé, op. cit.
4 P.H. Tucker, op. cit.
5 Ibid.
6 Ibid.

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Quand Monet peignait plus blanc. En Norvège, le peintre chercha à dissocier la neige et la blancheur.
(exposition consacrée au centenaire du voyage de Claude Monet en Norvège; musée Rodin)






Dix fois moins de tableaux que dans l'exposition Cézanne, un mont Kolsaas qui n'obtiendra jamais la notoriété d'une Sainte-Victoire, le modeste hommage rendu à Monet n'en présente pas moins, pour ces raisons mêmes, un puissant intérêt. Comme il est devenu aujourd'hui à peu près inconcevable d'imaginer un vernissage sans le justifier d'un anniversaire, d'une commémoration ou d'un centenaire quelconques, Karin Hellansj, commissaire et conservatrice en chef du musée national d'Art contemporain d'Oslo, s'est souvenue de l'hiver 1895 au cours duquel le peintre français fit un séjour en Norvège. Ensuite, il n'y aura plus qu'à attendre l'an 2095 pour organiser un nouvel accrochage. D'ici là et dès le mois de décembre prochain, les peintures norvégiennes de l'artiste impressionniste pourront hiverner à nouveau.
Tel semble de toute façon avoir été leur destin à l'époque même où elles furent exécutées. Leur auteur n'en fut guère satisfait et elles furent vite éclipsées par l'exposition des Cathédrales. Des vingt-sept ou vingt-huit qui furent recensées, le musée Rodin n'en propose qu'une douzaine, issues de collections publiques (Orsay, Marmottan) aussi bien que privées (Japon, Etats-Unis) et déjà présentées à Stavanger, en Norvège.
Monet effectua ce long voyage vers le Nord sur l'invitation de son beau-fils Jacques Hoschedé, pour saisir quelques effets de neige qu'il escomptait bien capter facilement là-bas. En quoi il se trompait généreusement, erreur à l'origine d'un de ses plus intéressants ratages. Les premiers temps en effet, il s'escrime en vain. Rien ne va. La neige réfléchit la lumière en éclats aveuglants, les sites offerts aux détours des pistes offrent rarement un bon point de vue, sans parler du dégel qui menace les séries d'un fondu très mal enchaîné. Là-dessus, les artistes et les autorités, honorés de recevoir la visite d'un hôte aussi illustre, tentent de lui imposer des mondanités auxquelles il se hâte de se dérober non sans ronchonner. Les Norvégiens se lèvent tard, lui tôt, leurs danses et leurs soirées le perturbent. Il sait très bien qu'il ne reviendra jamais ici (trop loin, trop fatigant) et qu'il ne profitera donc pas d'une seconde chance. Pas de repentir possible. C'est tout de suite ou pas du tout. Ces obstacles, ces contrariétés, ça n'est pas fait pour le calmer. Il y a bien les courses en traîneau, les descentes en luge, ça va vite, ça l'excite, il tombe, se relève, repart, il se marre, un gamin. Mais la peinture, zéro.
Le temps passe, le terme approche, il va bientôt falloir songer au retour, il n'a pas encore vu la mer, la glace recouvre tout. Il suffit qu'on peigne le toit blanc d'une maison pour que, la neige s'étant dissoute, envolé l'instantané de la sensation.
Un jour, il a une idée. Plutôt que d'arpenter sans espoir des chemins qui mènent certes quelque part mais jamais à un endroit propice au chevalet, pourquoi ne pas les ouvrir à la chance d'une véritable surprise? Jacques Hoschedé lui donne alors un sérieux coup de main et son beau-père le trouve soudain beaucoup moins irritant. Armé d'une pelle, il creuse dans la neige, frayant une nouvelle voie pour les recherches de Monet, lui permettant enfin «de s'incruster dans l'élément même du paysage en l'entaillant» (1). Bref, le voici au travail, tranchant dans le vif d'une énergie surabondante. Ce qu'il peint alors, si on se fie à l'échantillon présenté dans l'exposition, n'a rien de virtuose ni de glorieux. Ce n'est pas vraiment bâclé mais les toiles sont dépourvues de cette touche enlevée qui procure aux falaises d'Etretat, aux meules ou aux peupliers, un aspect à la fois précaire et impérieux. Il règne sur ces maisons dans la neige un air d'inachevé, de pusillanime et de volatil. Mais pas toujours. En témoignent au moins deux tableaux, ceux des maisons rouges et des bleues. Là, Monet brosse ses couleurs d'un coup de poignet décisif et plante une maison dans le décor comme on place une bonne réplique dans un dialogue.
Plus intrigante, cette marine intitulée le Fjord de Christiania (ancien nom d'Oslo). Entre la mer, la banquise, les îles et le ciel s'établit un jeu d'équivalences qui tend à annuler les parties les unes par les autres au profit d'une superposition de plans uniquement articulés par un dégradé de gris-bleu. Intrigants aussi, ces quatre «portraits» du mont Kolsaas. Là, on perçoit que tout l'art du peintre, tout son savoir-faire, son expérience et son désir de «rendre» l'impalpable l'entraînent vers des contrées inexplorées ou, en tout cas, explorées par lui sous d'autres versants. Le motif se met à flotter dans une atmosphère qui ne le porte plus, ne le soutient plus, l'abandonnant au gré d'une humeur vagabonde, à la manière d'un nuage libre de dériver au gré des vents. L'impression d'échec provient alors d'une incapacité à arrimer la figure, à saisir l'objet à bras le corps, à se tenir d'aplomb face à ce qui le surplombe. Mais la valeur inestimable de cet apparent échec excède largement cet effet de brouillon.
D'ailleurs, les véritables brouillons, ils sont exposés sous forme d'une vingtaine de dessins gribouillés, hardis, nerveux, quelquefois à la limite de la ligne folle. Les peintures, quant à elles, ne doivent pas leur sentiment d'incomplétude à une quelconque précipitation mais bien plutôt au désir de se fondre dans un immense éloge à la blancheur. Le mont Kolsaas ressemble de la sorte au dernier souffle ou à l'éternuement d'un linceul qui, l'instant suivant, s'affaissera dans l'indéterminé d'une forme sans contour. Autrement dit, l'informe. Ces quelques peintures représentent sans doute l'une des rares tentatives de distinguer la neige de la blancheur, de séparer les deux corps comme on le ferait dans une expérience chimique de dissociation. Car la neige n'est pas blanche, pas plus que le blanc n'est la couleur de la neige. L'un et l'autre entrent doucement en conflit pour que, dans l'intervalle, à la faveur d'une anecdote ­ petit pont ou rivière ­, se glisse l'élément qui permettra de rassurer la vision. Entre la neige et la blancheur, il y a un mariage fatal qu'il faut à tout prix éviter faute de s'y endormir. Entre le ciel et le bleu, c'est pareil mais c'est une autre histoire. Les deux histoires se rejouent chaque fois qu'un peintre essaie de fixer leur frontière, leur bord extrême. Comment cette peinture pourrait-elle alors s'achever?.
(1) Marianne Alphant, Claude Monet, une vie dans le paysage, éditions Hazan, 1993.

8 ème Misteria Paschalia











Un programme exceptionnel pour cette édition du festival Misteria Paschalia, qui se tennait du 18 au 25 avril à Cracovie avec, entre autres, les plus grands ensembles baroques français !

Ce festival consacré à la musique ancienne et baroque est un temps fort de l’agenda culturel de Cracovie.
Il a accueilli cette année pendant les fêtes pascales l’ensemble Le Concert d’Astrée, le claveciniste Christophe Rousset et son orchestre Les Talens Lyriques, Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre, et l’ensemble l’Arpeggiata, dirigé par la virtuose de la harpe baroque, Christina Pluhar,  Philippe Jaroussky, l’un des plus grands contre-ténors de la jeune génération !
Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Fabio Biondi et Europa Galante, Jordi Savall avec Hesperion XXI et La Capella Reial de Catalunya ainsi que des solistes remarquables Veronica Cangemi et le quatuor masculin corse, Barbara Furtuna.




 www.misteriapaschalia.com

Juste en passant...La madonne de Sterzing




par le Maître de Sterzing...(Peut être Hans Multscher... Sculpteur et peintre allemand (Reichenhofen, aujourd'hui Leutkirch, vers 1400-Ulm 1467. Influencé par l'art de la Bourgogne et de la Flandre, il recherche l'expression et le mouvement (volets du retable de Wurzach, 1437, Berlin-Dahlem ; retable de Sterzing Tyrol, 1456)

MULTSCHER HANS (1400 env.-env. 1467)
Sculpteur sur pierre et sur bois d'Allemagne du Sud, Hans Multscher fut peut-être aussi peintre. En 1427, il a acquis dans la ville d'Ulm le droit de bourgeoisie. Il y jouit d'une situation particulière, intermédiaire entre le patriciat et les corporations d'artisans ; il a reçu le privilège d'exercer son métier librement, sans entrer ni dans la corporation des sculpteurs, ni dans l'organisation du chantier de la cathédrale, et donne aussi, de façon régulière, des avis au Conseil en matière de production d'œuvres d'art, production qui, à l'époque, pour une cité comme Ulm, a une importance économique indéniable. Il s'est très probablement formé dans les Flandres et aux Pays-Bas, où il a dû se rendre comme compagnon. Les trois œuvres les plus importantes qui nous soient parvenues de lui, dans un état plus ou moins fragmentaire,...

Sterzinger Meister, um 1450. "Madonna im Ährenkleid. Öl und Tempera auf Holz. Aus der Kirche in Sterzing.


Sterzing est une commune italienne d'environ 6 400 habitants, située dans le Tyrol du Sud, dans la vallée de l'Isarco (Eisack), à la frontière autrichienne du col du Brenner.

Source: Landesmuseum Ferdinandeum, Innsbruck, Austria

Les paysages de Kent R. Wallis (2)


Kent Wallis Peintre impressionniste américain contemporain né en 1945, à Ogden, Utah
déjà présenté ici

 
























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Ni fille de ni femme de....

Une découverte grâce à Jean Marc

Je ne suis pas province, fille de pays, ni morceau ni parcelle ni déchirure, je suis ce pays même.
Je suis d’ici comme un arbre de ses racines, de ce lieu de terre noire et de feuilles brûlées. Je suis de marées rauques et d’étincelles, de champs labourés où pousse le grain, de rues ouvertes bordées de maisons vieilles, des berçantes alignées au pas des portes, des dessins de l’enfance tatoués sur les trottoirs.
Je suis d’ici comme on sort de l’école à midi pour aller jouer aux billes dans la cour. Je suis du temps des cerises en grappes, des moutons de la Saint-Jean sur le char de parade, des devoirs faits sur la table, des leçons par cœur.
Je suis d’ici comme on habite les contes. J’ai la mémoire de l’avenir et de l’espérance. Mon adolescence est derrière moi.
Je suis de maintenant, de cette parole du temps des poèmes ivres lus à minuit, de la nuit longue où se refait l’amour, de l’aube pieds nus sur le seuil. J’ai le cœur tendre, non frileux.
De guingois quand l’espoir vacille, je suis du temps de la défaite. Ni pantin, ni fantoche, ni marionnette. Ma main tendue est mon drapeau.
Je me tiens debout comme un arbre. C’est ainsi que je pleure.
Je ne suis pas province, femme de pays, ni survivante, ni rescapée, ni fragile, je suis ce pays même.
Je parle sans me trahir, sans me renier. Je ne suis pas clameur aveugle ni rumeur sourde dans vos oreilles. Je ne parle pas dollar mais parole d’ici, ni bâillonnée, ni peureuse, ni tue. Je parle une langue de poète, celle de Miron, de Godin, de Garneau, celle de Morency, de Royer, de Vigneault. Je suis la mer de monde chantant ce pays. Ma colère d’alouette fait trembler la buse.
Je suis d’ici, de liberté nouvelle. Ni désemparée, ni soumise ni démunie ni achetée ni vendue ni escroquée ni emprisonnée ni piégée ni perdue ni dispersée ni chassée ni battue ni blessée ni annihilée ni raturée ni ligotée ni cadenassée ni clôturée ni rompue ni brisée ni rapiécée.
J’habite pleinement mon temps, mon espace. Je suis cet amour, ce geste, cette parole.
Je ne suis pas province, fille ou femme de pays, ni partie, ni pièce, ni séparée, je suis ce pays même.
Tends l’oreille, écoute. Aujourd’hui, demain, sous la voix du poème, tu peux entendre battre mon cœur.


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Monique Laforce est poète et Québécoise

Pino Daeni. Femmes ...

Pino Daeni. Femmes ...
Pino Daeni , né "Giuseppe D'Angelico" à Bari, Italie - (1939  - 2010) était un artiste Italien impressionniste  et illustrateur


 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John Trudell -Out of the Blues





Poète, activiste politique, musicien, défenseur militant des droits des amérindiens d'Amérique du Nord et plein d'autres choses encore... Tel est John Trudell. Chanteur et porte parole, poète et symbole vivant.
Le regard de John Trudell est marqué par la vie, comme ceux de tous les hommes qui ont vu beaucoup de choses. Presque trop.....



John Trudell voit le jour à Omaha dans le Nebraska, le 15 février 1946. Son père est un Sioux Santee, sa mère, mi-indienne, mi-mexicaine, décède, alors qu'il a 6 ans. Vivant près d'une réserve dans le Dakota, il est très tôt confronté à des conditions de vie difficiles, son père se retrouvant à élever une nombreuse famille. A 17 ans, il effectue son service militaire. "J'ai choisi la Marine pour mininimiser mes chances de finir en chair à canon", affirme-t-il. "C'est là, que j'ai découvert que beaucoup d'autres vivaient ce que moi je vivais, en tant qu'indien et prisonnier de l'Amérique." Les années qui suivent son service militaire, John Trudelll fait des petits boulots, mais ne se débarrasse pas de ses désillusions sur l'Amérique. Le 20 novembre 1969, peu après sa fermeture, deux cent indiens occupent le pénitencier de l'île d'Alcatraz, en Baie de San Francisco. Ils en revendiquent la possession


au nom d'un traité de 1868 qui accordait aux Sioux les terres dont le gouvernement fédéral n'avait plus l'usage. John Trudell est parmi les manifestants dont il devient le porte-parole. "J'y ai trouvé tout un tas de gens qui, comme moi, malgré leurs faiblesses, n'avaient pas abdiqué."Au lendemain de cette occupation,en 1971, l'American Indian Movement ( A.I.M.) est créé. John Trudell en devient le président de 1973 à 1979. En 1978, il est incarcéré à la prison fédérale de Springfield, dans le Missouri et, l'année suivante, met le feu à un drapeau américain, devant les bureaux du Federal Bureau of Investigation (F.B.I), à Washington, lors d'une manifestation.



La traversée du désert


Douze heures plus tard, un incendie réduit sa maison en cendres, dans la réserve Shoshone Paiute, dans le Nevada. Sa femme, ses trois enfants et sa belle-mère meurent prisonniers des flammes. Le Bureau des Affaires Indiennes conclut à un accident. Trudell est persuadé qu'il s'agit d'un meutre en guise de représailles à son engagement en faveur des droits des indiens. Effondré, le militant se réfugie dans l'écriture. "J'avais déjà rédigé des discours politiques, mais rien qui ressemble de près ou de loin à des poèmes. Six mois après le drame, alors que je touchais le fond, les mots me sont venus. Ces mots étaient mes bombes, mes larmes et ma vie."

Musique et Poésie

En 1981, John Trudell publie un recueil de poésie, "Living in reality", avant de mêler textes et musique. "C'est alors que je traînais autour du studio du chanteur Jackson Browne et passais du temps avec ses musiciens, que m'est venue l'idée de mélanger poésie, musique traditionnelle amérindienne et les rythmes du rock." John Trudell enregistre "Tribal Voice", un disque qui où ses textes sont seulement soulignés par des percussions et quelques chants indiens. Puis, en 1985, c'est la rencontre avec Jesse Ed Davis, un indien Kiowa d'Oklahoma, véritable star du rock, ayant joué avec Eric Clapton, Bob Dylan, John Lennon ou Jackson Browne.

Le rock des "mots parlés"

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"Lorsque nous nous sommes rencontrés, Jesse m'a dit : je peux composer de la musique pour tes mots." Ils enregistrent un premier album, "AKA Graffiti Man", en 1986. Sorti sur le label créé parTrudell, Peace Company, mais seulement en cassette, leur travail n'est diffusé que de façon confidentielle, malgré son succès auprès des critiques. Jesse Ed Davis et Trudell sortent un second album, "Heart jump Bouquet", et un autre dans la série "Tribal Voices intitulé "But this isn't El Salvador". Mais, en 1988, Jesse Ed Davis décède. Trudell en est très affecté. Il décide quand même de poursuivre l'oeuvre entreprise, avec Mark Shark, guitariste rythmique du Graffiti Band qui l'acccompagnait jusqu'ici. Choisi pour assurer la première partie de la tournée mondiale du groupe de rock australien "Midnight Oil", Trudell se produit, enfin, devant un public international. En 1992, son album "AKA Graffiti Man" est réédité, réarrangé par Jackson Browne.

Trudell, acteur

On retrouve John Trudell acteur, dans "Coeur de Tonnerre" - avec Val Kilmer (qui joua Jim Morrison dans un film retraçant la vie du leader des Doors) - et dans un documentaire, "Incident à Oglala", tous les deux retraçant les conflits qui ont opposé le gouvernement américain à l'American Indian Movement, dans les années 70. Il y a quelques années, on l'a revu au cinéma, dans "Phoenix Arizona", le premier film de fiction tourné par un amérindien, en l'occurrence Sherman Alexie, auteur du livre du même nom. Il jouait le rôle d'un animateur de radio locale indienne posté à un carrefour stratégique de la réserve.
 re

Son site...http://www.johntrudell.com/



Décrire l'effet d'un disque de John Trudell est toujours très délicat tant les sentiments inspirés sont divers et variés, tout en restant d'une cohérence implacable. Pour les personnes en quête de repères, il est possible d'assimiler cet artiste aux protest singers tels que Bob Dylan ou Bruce Springsteen. De mon point de vu, John Trudell est bien plus encore, véritable porte-parole et consciences des american natives.

Le principal vecteur d'expression de cet artiste reste une musique fondamentalement blues (à l'exception notable de son premier album). En effet, quel autre style musical peut aussi bien panser les blessures de l'âme ? Comme souvent chez John Trudell, les ombres du passé transparaissent au gré des textes (les particulièrement émouvants "The only one for me" et "You were"). L'ensemble reste fortement engagé même si parfois le ton semble plus léger comme dans "Dizzy duck", mais ce n'est qu'en apparence car cette chanson cache en fait une critique dirigée vers le problème des armes à feux aux USA.

Le pouvoir exercé par les différents titres n'est pas uniquement lié à la profondeur des propos mais aussi à l'intonation de voix et aux arrangements tant ils semblent être en phase (avec un niveau d'anglais moyen, il est tout à fait possible de comprendre le sens principal des chansons).
John Trudell reste ainsi l'un des peintres les plus habiles et lucides des inégalités et injustices de notre époque. Comme tous ces autres albums, cet opus est un joyau précieux à écouter sans aucune modération.

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